Qui sont les chefs les plus étoilés de France en 2026 ?

La France reste, malgré la concurrence espagnole ou nordique, le pays qui compte le plus de tables trois étoiles au monde. Mais derrière ce chiffre, il y a des visages, des parcours, parfois des egos bien trempés. Voici un tour d'horizon de ceux qui font (et ont fait) la haute cuisine française, avec quelques avis tranchés au passage.

La France, championne toutes catégories du guide Michelin

On a tendance à l'oublier quand on habite Paris et qu'on croise des étoilés à tous les coins de rue, mais la densité de restaurants étoilés en France n'a pas d'équivalent ailleurs. Le pays compte aujourd'hui autour de 31 établissements trois étoiles, une bonne centaine à deux étoiles, et plus de 500 à une étoile. Bref, on nage dans l'abondance.

Le palmarès 2025 du Guide Michelin, dévoilé lors d'une cérémonie à Metz fin mars, a couronné deux nouvelles maisons trois étoiles. Un chiffre qui peut sembler modeste, mais qui traduit en réalité l'exigence du sésame suprême. On ne décroche pas la troisième étoile en claquant des doigts, même quand on s'appelle Etchebest.

Les légendes qui ont posé les bases

Avant de parler des chefs qui font l'actualité aujourd'hui, il faut rendre à César ce qui lui appartient. Certains noms ont littéralement écrit l'histoire de la gastronomie hexagonale, et leur influence continue de peser sur les cuisines actuelles, même chez les jeunes qui n'ont jamais mis les pieds dans leurs restaurants.

  • Joël Robuchon : le recordman absolu, avec jusqu'à 32 étoiles cumulées sur l'ensemble de ses établissements à travers le monde. Un chiffre presque indécent, digne d'un roman.
  • Alain Ducasse : plus de 20 étoiles au compteur au fil de sa carrière, un empire culinaire qui s'étend de Paris à Monaco en passant par New York.
  • Anne-Sophie Pic : la cheffe française la plus étoilée, figure quasi unique dans un milieu longtemps réservé aux hommes, à la tête de la maison familiale de Valence.
  • Pierre Gagnaire : l'un des tout premiers à décrocher trois étoiles avec une cuisine résolument créative, presque expérimentale pour l'époque.

Ces noms-là, on les connaît même sans s'intéresser vraiment à la gastronomie. C'est un peu comme demander qui est Zidane : tout le monde a une vague idée, même les gens qui détestent le foot.

Pourquoi ces chefs comptent encore aujourd'hui

Robuchon est décédé en 2018, mais son ombre plane toujours sur les cuisines françaises. Beaucoup de chefs actuellement étoilés sont passés par ses fourneaux à un moment ou un autre. C'est un peu la « génération Robuchon », un vivier de talents formés à une rigueur presque militaire.

Les nouveaux visages du trois étoiles en 2025

Le millésime 2025 a mis en lumière des chefs qui misent sur une cuisine ancrée dans leur territoire, loin des codes parisiens classiques. Deux tendances se dégagent nettement : la mer et le voyage.

Hugo Roellinger ©Benoit Teillet

Hugo Roellinger, à la tête du Coquillage à Saint-Méloir-des-Ondes en Bretagne, vient de décrocher sa troisième étoile. Sa cuisine, très marquée par les épices et les récits de navigateurs (son grand-père était un célèbre corsaire), tranche avec ce qu'on imagine habituellement d'un trois étoiles. Pas de chichis inutiles, mais une identité forte.

Christopher Coutanceau, cuisinier-pêcheur ©Philippe Vaures/Santamaria

Christopher Coutanceau, à La Rochelle, a lui retrouvé sa troisième étoile après l'avoir perdue en 2022. Une petite revanche personnelle, sans doute. Sa cuisine, centrée sur les produits de la mer et une pêche quasi militante, séduit autant les critiques que les habitués de la côte atlantique.

Alexandre Couillon par ©Laurent Dupont

Et puis il y a Alexandre Couillon, sur l'île de Noirmoutier, dont la cuisine iodée a été saluée dès 2023. Un chef qui reste discret médiatiquement, mais dont la réputation dans le milieu n'a rien à envier aux grands noms parisiens.

Les étoiles qui montent : deux et une étoile

Se concentrer uniquement sur les trois étoiles serait un peu réducteur, franchement. C'est souvent dans les deux étoiles, voire une étoile, que se joue le renouvellement générationnel. Ce sont les chefs à surveiller de près, ceux qui feront peut-être la une dans cinq ou dix ans.

Philippe Etchebest, connu du grand public pour ses émissions télé (on ne va pas se mentir, c'est aussi grâce à ça qu'il est si populaire), a vu sa Maison Nouvelle à Bordeaux décrocher une deuxième étoile en 2025. Une belle revanche pour un chef longtemps cantonné à son image télévisuelle plutôt qu'à son talent réel de cuisinier.

Le duo Fanny Rey et Jonathan Wahid, à L'Auberge de Saint-Rémy en Provence, monte lui aussi en puissance avec une deuxième étoile fraîchement acquise. Et du côté des nouvelles premières étoiles, on retrouve des adresses comme Amâlia à Paris, portée par Cecilia Spurio et Eugenio Afunso, ou encore Ébullition à Montpellier avec Boris Caillol aux commandes.

Une scène qui se diversifie

Ce qui frappe, quand on regarde le palmarès dans son ensemble, c'est la diversité des styles de cuisine récompensés. On est loin de la seule grande cuisine bourgeoise parisienne. Il y a de la cuisine de bistrot revisitée, des inspirations venues d'ailleurs, des chefs qui bossent avec quatre produits mais un savoir-faire hors norme. La gastronomie française a arrêté de tourner en rond, et tant mieux.

Où manger la cuisine de ces chefs depuis Paris ?

Pour les habitants de la capitale et de l'Île-de-France, pas besoin de traverser tout le pays pour goûter à cette excellence. Paris concentre à elle seule une bonne partie des tables étoilées françaises, du bistrot Bib Gourmand à la table trois étoiles la plus stricte. Certains chefs cités plus haut ont d'ailleurs des adresses ou des collaborations dans la capitale, ce qui permet de découvrir leur univers sans réserver des mois à l'avance dans un village breton perdu.

Reste que la vraie question, celle qu'on se pose tous en refermant un menu dégustation à 300 euros, c'est de savoir si l'expérience valait vraiment le prix. Là, chacun a son avis, et c'est très bien comme ça.